Aide auditive et IA: ce que dit vraiment l'étude Phonak sur l'Audéo EON Sphere
Recherche Phonak · 16 septembre 2026 · 9 min de lecture
Vous entendez bien à la maison, mais au restaurant, autour d'une table animée, vous n'attrapez qu'un mot sur deux. C'est une plainte que nous entendons chaque semaine à Morges et à Vevey, et c'est précisément la situation que la nouvelle génération d'aides auditives Phonak cherche à résoudre avec une puce dédiée à l'intelligence artificielle.
Phonak a publié une étude pour mesurer ce que cette puce apporte réellement. Nous l'avons lue pour vous. Voici ce qu'elle dit, ce qu'elle ne dit pas, et ce que cela change pour votre décision.
Deux puces au lieu d'une
L'Audéo EON Sphere est une aide auditive à écouteur déporté, le petit format qui se glisse derrière l'oreille avec un fil fin vers le conduit auditif. Sa particularité tient à son architecture: elle embarque deux processeurs.
Le premier est une puce audio classique. Elle amplifie les sons, reconnaît le type d'environnement dans lequel vous vous trouvez (calme, musique, rue, restaurant) et gère la connexion à votre téléphone ou à votre téléviseur. Toutes les aides auditives modernes font ce travail.
Le second est une puce dédiée à l'intelligence artificielle. Elle ne fait qu'une seule chose: faire tourner un réseau neuronal entraîné à séparer la parole du bruit. Cette fonction porte le nom de Spheric Speech Clarity. Elle s'active automatiquement quand l'environnement devient bruyant et complexe, et reste en veille le reste du temps.
L'Audéo EON R, le modèle standard de la même gamme, partage la première puce mais pas la seconde. C'est la différence essentielle entre les deux appareils, et c'est sur elle que porte l'étude.
Pourquoi un réseau neuronal change la méthode
Jusqu'ici, la solution habituelle pour comprendre dans le bruit s'appelait le microphone directionnel: l'appareil favorise les sons qui viennent de face et atténue ceux qui viennent des côtés et de l'arrière. C'est efficace face à un seul interlocuteur, mais cela suppose que vous regardiez la personne qui parle. À une table de six, la conversation circule, et la voix intéressante vient rarement de là où vous regardez.
Un réseau neuronal procède autrement. Il a été entraîné sur un très grand nombre d'enregistrements de voix mélangées à du bruit, jusqu'à apprendre à quoi ressemble la parole humaine, quelle que soit sa provenance. Au lieu de choisir une direction, il trie: il conserve ce qui a la signature de la parole et atténue le reste. L'objectif est d'améliorer le rapport signal sur bruit, c'est-à-dire l'écart entre la voix que vous voulez entendre et le fond sonore, sans vous imposer de tourner la tête.
Ce que l'étude a mesuré
L'étude a été menée au Hörzentrum d'Oldenbourg, en Allemagne, un centre de recherche reconnu en audiologie, et publiée en octobre 2025 (Latzel et collaborateurs). Vingt-deux personnes ont participé. Toutes portaient déjà des aides auditives, présentaient une perte auditive modérée à sévère et symétrique, et avaient en moyenne 70 ans. Autrement dit, un profil proche de celui de la plupart de nos patients.
Chaque participant a été testé dans deux conditions, avec les mêmes appareils: une fois avec le programme d'intelligence artificielle, une fois avec un programme conventionnel «parole dans le bruit fort» reposant sur des microphones directionnels. Le bruit de fond était un brouhaha de plusieurs voix, diffusé de toutes les directions, à 75 décibels. C'est à peu près le niveau sonore d'un restaurant bien rempli.
Quatre mesures ont été relevées.
Le seuil de compréhension: 3,2 décibels de gagnés
Les chercheurs ont cherché, pour chaque participant, le niveau de bruit à partir duquel il ne comprend plus la moitié des phrases. Avec l'intelligence artificielle, ce seuil recule de 3,2 décibels: la personne supporte 3,2 décibels de bruit en plus pour comprendre aussi bien. Cela paraît modeste, mais l'échelle des décibels est trompeuse. Trois décibels correspondent à peu près à un doublement de l'énergie sonore du bruit. Concrètement, une table qui devenait incompréhensible redevient suivable.
C'est de cette mesure que vient le chiffre «jusqu'à 44 %» que Phonak met en avant. Il s'agit d'une amélioration relative, calculée sur l'étendue des scores obtenus dans les deux conditions, et non de 44 % de mots en plus.
Les mots reconnus quand plusieurs personnes parlent: près de 20 points de plus
Dans un second test, plusieurs personnes parlaient en même temps et les participants devaient répéter des mots. Avec l'intelligence artificielle, le score de mots reconnus progresse de 19,9 points de pourcentage. Pour donner un ordre de grandeur: une personne qui comprenait un mot sur deux en comprend désormais sept sur dix.
L'effort d'écoute: la même fatigue pour 3,4 décibels de bruit en plus
Comprendre dans le bruit ne se résume pas à entendre les mots. Cela demande une concentration qui épuise. Les participants ont évalué leur effort d'écoute sur une échelle standardisée. Avec l'intelligence artificielle, ils ressentaient le même effort avec 3,4 décibels de bruit en plus. Phonak exprime cet écart comme une variation relative de 37 %.
La fatigue sur la durée
Les chercheurs ont enfin simulé une «journée d'écoute» condensée. Au fil de la journée, les résultats des participants s'amélioraient avec le programme d'intelligence artificielle, comme si l'oreille et le cerveau apprenaient, alors qu'ils stagnaient avec le programme conventionnel. Les auteurs y voient un signe de fatigue auditive réduite.
Une puce moins gourmande, donc une IA plus souvent active
Un second chiffre circule dans la communication Phonak sur cette génération: «37 % plus efficient». Il ne vient pas de l'étude et ne mesure pas l'audition. C'est une spécification du fabricant sur l'énergie consommée par la fonction de séparation de la parole, comparée à la génération précédente. À ne pas confondre avec le 37 % de la section sur l'effort d'écoute: même nombre, deux réalités sans rapport.
Ce chiffre a pourtant une conséquence directe sur ce que vous entendez. Sur la génération précédente, la puce d'intelligence artificielle consommait tellement que l'appareil la réservait aux environnements très bruyants, pour préserver la batterie. Une fonction qui consomme un tiers de moins peut s'enclencher plus tôt, à des niveaux de bruit plus modérés, et rester active plus longtemps dans la journée. C'est ce que nous constatons au centre avec la génération EON: le programme de parole dans le bruit se déclenche dans des situations où l'ancien Sphere restait en mode classique. Le bénéfice mesuré par l'étude s'étend donc à davantage de moments de la journée. Nous en reparlons dans notre article sur l'autonomie réelle d'une aide auditive rechargeable.
Ce que cela signifie au quotidien
Ces mesures de laboratoire décrivent une situation précise: beaucoup de bruit, plusieurs voix, une conversation à suivre. C'est le repas de famille, la terrasse de café, l'apéritif entre amis, la réunion d'association. Si ces moments sont ceux où vous décrochez, où vous répondez «oui» sans avoir compris, ou que vous finissez par éviter, c'est là que la puce d'intelligence artificielle apporte quelque chose de mesurable.
À l'inverse, dans le calme, à la maison, en tête-à-tête ou devant la télévision, la puce reste en veille. Dans ces situations, l'Audéo EON Sphere et l'Audéo EON R traitent le son de la même manière.
Les limites à connaître avant de décider
Pour prendre une décision éclairée, il faut aussi lire les petites lignes.
L'étude a été financée par Sonova, le groupe propriétaire de Phonak. Ce n'est pas un motif de rejet, c'est la norme dans ce secteur, mais cela invite à la prudence dans l'interprétation.
Le «37 % plus efficient» est une valeur déclarée par le fabricant, sans mesure indépendante publiée, et le lien entre cette économie d'énergie et une meilleure compréhension au quotidien est un raisonnement, pas un résultat mesuré séparément.
Vingt-deux participants, c'est un petit échantillon. Les résultats sont statistiquement solides, mais ils décrivent une moyenne. Le bénéfice individuel peut être plus élevé ou plus faible, en fonction de votre perte auditive et de votre cerveau.
La comparaison porte sur deux programmes de traitement du son, testés sur les mêmes appareils, et non sur deux modèles. L'étude ne compare donc pas directement l'Audéo EON Sphere à l'Audéo EON R en conditions réelles.
L'étude a été réalisée sur la génération précédente d'appareils Sphere. Phonak applique le résultat à la génération actuelle au motif que la fonction est la même, portée par une puce plus récente. C'est un raisonnement plausible, mais ce n'est pas une nouvelle mesure.
Enfin, tout a été mesuré en laboratoire. Un vrai restaurant ajoute la vaisselle, la musique, l'acoustique de la salle. Le bénéfice réel varie donc d'un lieu à l'autre, et d'une personne à l'autre.
Comment savoir si c'est fait pour vous
La question à se poser est simple: combien de temps passez-vous, chaque semaine, dans des situations bruyantes où vous devez suivre une conversation? Si la réponse est «souvent», la puce d'intelligence artificielle de l'Audéo EON Sphere répond à un besoin concret, et l'étude lui donne un fondement chiffré. Si la réponse est «rarement», l'Audéo EON R offre le même confort dans les situations calmes, à un prix inférieur. Les tarifs des deux modèles figurent sur notre page des prix.
Dans les deux cas, le test qui compte reste le vôtre. Nos centres proposent un essai gratuit de trois semaines, avec des appareils réglés pour votre audition, sans obligation d'achat. Emportez-les au restaurant, à la table familiale, là où vous décrochez d'habitude. Puis venez nous en parler.
Sources
Latzel, M., Heeren, J., Lesimple, C., Gökalan, M., Puhlemann, L. et Haf, C. (octobre 2025). Spheric Speech Clarity improves speech understanding and reduces both listening effort and fatigue. Phonak Field Study News, étude menée au Hörzentrum d'Oldenbourg. Disponible dans la bibliothèque de preuves Phonak.
Phonak / Sonova AG (2026). Phonak EON: Adaptive Clarity, Universal Connectivity, page consultée en septembre 2026.
Sonova AG (24 août 2026). New EON hearing aid portfolio strengthens Phonak's leadership in speech understanding, scene intelligence and Made-For-All connectivity. Communiqué de presse, Stäfa. Indique que la fonction de parole dans le bruit de la génération EON consomme 37 % d'énergie de moins que la génération précédente.


